11 août 2009
Saison 1 / Episode 30 : Je t'aime... moi non plus.
Il y a deux mois, les élections européennes donnaient l'occasion aux électeurs français de désigner leur représentants au Parlement Européen pour les 5 prochaines années.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce vote n'a pas déchaîné les foules.
60 % d'abstention chez nous, pour un scrutin définissant le paysage politique européen, soit 27 pays et près de 500 millions de citoyen, ce n'est pas très honorable.
Et encore, ce phénomène a touché l'ensemble des pays concernés.
La France, comme à son accoutumée, à répondue à une question qui ne lui était pas posée.
Les médias et les politiques eux-mêmes ont trompé l'opinion publique en faisant de cette élection ce qu'elle n'était pas.
J'ai moi-même voté (je suis très consciencieux), réalisant ce que j'estime être mon simple devoir de Citoyen.
Pourtant, ce vote démontre un paradoxe fort embarrassant pour nos contrées hexagonales.
Comment fut perçu ce vote en France ?
Quel était son utilité ?
Qui a vraiment gagné ?
Ces questions, on aurait dû se les poser dès le lendemain des élections, et les réponses auraient été assez saisissantes.
Tout d'abord, commençons par le principal problème : ce qu'ont vu les électeurs à travers ce vote.
L'enjeu, pourtant simple, était de désigner les parlementaires européens français qui siègeraient à Strasbourg, en compagnie de ceux choisis par les 26 autres pays de l'Union.
L'enjeu, dès lors, n'était pas la Politique française en crise, la déferlante UMP, l'agonie du PS, mais bien l'orientation donnée à l'Europe pour son plus proche futur.
Pourquoi les médias en ont-ils fait une élection seulement à portée nationale, faisant défiler les têtes d'affiche des différents partis, têtes d'affiche qui, soit dit en passant, étaient totalement étrangères aux élections car aucun ne risquait d'être élu à Bruxelles.
Et oui, à ce stade, qui peut me citer (de mémoire) un des candidats élus au Parlement, Dati et Barnier mis à part ?
En effet, difficile de s'y retrouver lorsque l'on doit voter pour un tel, alors que c'est Cohn-Bendit, Bayrou, Aubry ou Bertrand qui sont mis en avant, c'est-à-dire des personnalités politiques certes, mais pas celles pour qui on doit voter !
Mieux, quand une tête d'affiche se retrouve élu au Parlement, comme par exemple Brice Hortefeux, elle s'empresse de trouver un prétexte pour se débarrasser de cette élection et rester dans son Ministère.
Dès lors, que voient les électeurs ? Une élection à forte teneur nationale, un nouveau pamphlet anti-Sarkozy pour les uns, une énième crise du PS pour les autres.
Pas de chance, l'enjeu n'était pas national, mais bien européen.
Ainsi, le Rosé aura attirer l'attention, tout comme le clash Cohn-Bendit/Bayrou, ou encore les tensions entre Aubry et Royal.
Quid de la notion de citoyenneté européenne ? Quid d'un projet à grande échelle intéressant chaque citoyen de la zone Euro ? Rien.
Les élections européennes, grâce aux médias et aux personnalités politiques elles-mêmes, sont devenues une élection nationale : Sarkozy VS Gauche, Verts VS Modem.
Certains diront que cela est logique, que la moindre élection est prétexte à remettre en question le pouvoir en place.
Oui, mais si ce sont des élections nationales, ce qui n'était pas le cas ici.
Autre problème de taille, rejoignant le précédent : l'utilité de cette élection.
La « citoyenneté européenne » est en crise, elle aussi. Tout simplement car elle n'a pas encore prit toute sa force.
Nous sommes des « citoyens français », voilà quelque chose qui trouve un écho : 1789, Droits de l'Homme, Napoléon, Occupation, Résistance, etc... Autant de moments historiques qui donnent du sens à cette expression, nous sommes liés par la même histoire, le même passé, la même culture.
Maintenant, nous sommes des « citoyens européens ».
Ok, c'est bien gentil, mais qu'est-ce que cela signifie ? Une histoire commune ? Des valeurs partagées ? Des liens forts entre nos 27 pays ?
Non, nullement.
Le 9 mai 1950, Robert Schuman voulait une Europe Politique.
Le 7 juin 2009, nous en sommes toujours au stade d'Europe Économique : Schengen, l'Euro, la multitude de pays, tout cela est bien d'un point de vue économique, mais ça ne dessine en rien une histoire, un « Vécu » européen, quelque chose nous rendant fier de dire « Je suis un citoyen européen ».
Et ces élections l'ont parfaitement démontrées : l'abstention atteint un sommet, et cela renvoie naturellement à l'utilité de ce vote : à quoi servait-il d'élire les députés européens ?
Et là, malheureusement, je ne peux être que pessimiste car la force du Parlement européen est justement un des débats des plus controversés...
Le moteur de l'Union Européenne, c'est la Commission Européenne (comme le Gouvernement à échelle nationale, pour résumer). Le Parlement est l'institution la plus paradoxale car ce sont bien les citoyens européens qui les élisent, mais les idées viennent de la Commission, reléguant le Parlement à un rang d'acteur passif.
On a choisi des élus qui ne diront que Oui ou Non aux propositions de la Commission, mais ne proposeront jamais rien.
Je caricature, mais le climat actuel à l'échelle européenne en est vraiment proche.
Alors, pour le peu d'électeurs qui se sont intéressés aux élections (4 personnes sur 10), où trouver la motivation nécessaire pour aller au Bureau de Vote ?
On vote pour des listes connues de tous, certes, mais on ne connaît pas la personne en tête de liste, la seule personne du Parti qui en parle à la télévision n'est même pas nommée dans la liste, et en plus les personnes pour qui on vote ne vont quasiment rien faire durant leur mandat, à part faire des allers-retours Strasbourg – Bruxelles !
Aujourd'hui, on en est là : on Vote pour quelque chose qui ne nous intéresse pas, car cette même chose ne s'intéresse pas à nous.
Daniel Cohn-Bendit
Enfin, et là un autre paradoxe est à souligner, le vainqueur des élections.
Qui est-ce ?
99,9 % des réponses seront soit l'UMP, soit Europe Ecologie.
Faux...
Le Parlement Européen est actuellement dominé par le « Groupe du Parti Populaire Européen », traduction pour « UMP » je vous l'accorde, à l''échelon européen.
La Gauche est aussi présente, mais en tant qu'« Alliance progressiste des socialistes et des démocrates au Parlement européen ».
Les Verts, bien que très en vue dans l'hexagone, ne pointent qu'en 4è position, derrière l'équivalent du Modem.
Le paradoxe dans le paradoxe ? Tout le monde ici à voulu faire de cette élection européenne une élection française, et donc l'anti-Sarkozysme était fort présent.
L'opinion publique ne faisaient plus les yeux doux au Président (voir la côte de popularité), les Partis politiques en avaient fait une proie, quelque soit leur programme.
Et pourtant, c'est le Parti du Président qui gagne, loin devant le PS.
La Politique à de charmant que rien n'y est prévisible.
Encore faut-il savoir si cette imprévisibilité est due à des réflexions fortes de la part des électeurs, ou à une incompréhension générale.
En 2005, le « Non » au Référendum sur le Traité instituant une Constitution pour l'Europe (et non pas le « Non » à la Constitution Européenne, ce qui est différent) avait sonné en France comme un message destiné à la Politique de Chirac, non comme un réel rejet de l'Europe.
Là encore, on avait détourner le vote de son but...
En 2009, on remet ça.
Histoire de se rendre utile, voici les noms des principaux vainqueurs, par circonscriptions, ceux pour qui vous avez voté :
- Nord-Ouest : Dominique Riquet (Majorité Présidentielle)
- Ouest : Christophe Béchu (Majorité Présidentielle)
- Est : Joseph Daule (Majorité Présidentielle)
- Sud-Ouest : Dominique Baudis (Majorité Présidentielle)
- Sud-Est : François Grossetête (Majorité Présidentielle)
- Massif Central-Est : Jean-Pierre Audy ( Majorité Présidentielle)
- Île-de-France : Michel Barnier (Majorité Présidentielle)
- Outre-Mer : Marie-Luce Penchard
Après les résultats des élections, Benoît Hamon aura cette réflexion qui en dit long sur l'incompréhension qui règne entre enjeux politiques, électeurs est médias :
« Si on cumule tous les scores des partis de Gauche, la Gauche est largement devant l'UMP. »
Décidément, en France, on répond à côté de la question et on vote à côté de l'urne...
Sources :
22:23 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, europe, vote
04 juin 2009
Saison 1 / Episode 29 : Choquer pour ne pas Oublier.
Le procès Fofana fait parler.
Une nouvelle information tombe dans l'arène médiatique quasi-quotidiennement et ce en grande partie « grâce » au principal suspect, Youssouf Fofana, qui n'hésite pas à multiplier les provocations, encore et toujours.
Un jour il prétend être né le jour où le corps d'Ilan Halimi est retrouvé, un jour il récuse l'une de ses propres avocates.
Aujourd'hui, comme si les médias n'avaient pas assez à dire quant à ce procès teinté d'antisémitisme, voici que l'un d'eux entre en scène en jouant le scoop trash : le magazine Choc.
Faire une couverture avec une photo d'Ilan Halimi prise pendant sa séquestration par le « Gang des Barbares », en plein procès, est pour le moins choquant.
Les armes en présence ?
D'un côté l'opinion publique, évidemment choquée par ce semblant de coup médiatique qui joue la carte du trash pour réussir sa provocation.
De l'autre, les défenseurs de la Liberté de la Presse, pour qui l'information prime et légitime la mise en circulation du magazine.
Les mœurs, l'opinion publique, le procès, les parties civiles, tout le monde est touché par l'acte du magazine Choc.
Que pouvons-nous en tirer ?

Une Forte Atteinte à la Dignité Humaine.
Déjà en 2006 ce fait divers très sombre avait ému la population, une population qui prenait conscience que des atrocités telles pouvaient se dérouler à quelques mètres d'elle.
Un jeune homme attiré dans le guet-apens par une demoiselle peu scrupuleuse, trois semaines de torture, une agonie lente et inhumaine, voilà le tableau peint par Youssouf Fofana en vue de parvenir à ses fins.
L'antisémitisme est au cœur de cette histoire, ce qui donne d'autant plus de poids à un procès portant déjà de lourds fardeaux.
Sans doute résolu à l'idée que son procès est perdu d'avance, Fofana démontre une volonté de rendre la tâche de chacun plus difficile, pour faire parler de lui et avoir de l'écho dans les médias.
Voici alors que sort la photo d'Ilan Halimi, une photo versée au dossier et à la portée des seuls rares intéressés tels que les avocats des parties et sa famille.
Quelle surprise alors de voir cette même photo en Une d'un magazine people plutôt habitué à mettre en avant des faits « insolites ».
Ainsi Ilan Halimi côtoie-t-il des avions réaménagés en villa et des basketteurs effectuant des dunks (la photo est assez facile à trouver, surtout sur le site Entrevue.fr, détenu par la même filiale possédant le magazine Choc...).
La justice est passée par là et le numéro de Choc est retiré des kiosques, évitant de s'appesantir sur cette histoire.
La semaine dernière, la Justice décide finalement de laisser le numéro en kiosque, mais que la photo d'Ilan halimi soit occultée.
Si l'on se met à la place de la famille, le désarroi et la colère se succèdent. Comment peut-on « commercialiser » un fait divers si ignoble ?
Les défenseurs du magazine se cachent derrière la liberté de la presse.
Doit-on considérer la liberté de la presse comme pouvoir invincible et sans limite, ou bien comme un principe sacré mais soumis à une ligne jaune ne devant pas être déplacée ?
Au vu de nos conclusions vis-à-vis de la liberté d'expression (Liberté de s'exprimer, oui / Expression libérée, non), on peut sérieusement envisager une limite à la liberté de la presse, comme les photos montrées au grand public dans le cas présent.
Pourtant, des magazines ne jouent que sur ce genre de photos, sans nécessairement que ces magazines se nomment « Le Monde » ou « Libération ».
Voyons par exemple Paris Match, qui fait d'ailleurs des photos son fonds de commerce, et dont la fameuse devise n'est autre que « Le poids des mots, le choc des photos », des photos qui peuvent être prises sur un champ de guerre comme sur les lieux d'un attentat.
Alors, ne serait-ce pas la presse en général qui cumule les atteintes à la dignité humaine et non seulement Choc, qui ne fait que suivre le mouvement ?
Après tout, si l'on attaque Choc pour les photos d'Ilan Halimi, on devrait attaquer toutes les semaines un magazine différent pour les mêmes raisons : atteinte à la dignité humaine.

Une Utilité à Souligner : Frapper les Esprits.
Il faut bien être objectif et se retenir un tant soit peu de lancer la première pierre au magazine Choc : on peut trouver quelques atouts à cette photo, atouts qui font néanmoins abstraction au respect de la volonté de la famille Halimi.
Le magazine Choc, probablement sans le vouloir, participe à la prise de conscience collective vis-à-vis des faits se déroulant dans les banlieues et liés à l'antisémitisme.
N'oublions pas une chose toute simple : les photos tirées des Camps de Concentration pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Qui prend plaisir à regarder ces photos sur lesquels on aperçoit soit des cadavres, soit des corps squelettiques ?
Pourtant, que ce soit lors de notre éducation ou bien lors de reportages revenant sur cette période bien sombre, on a droit à chaque fois à ce genre de documents.
Pourquoi s'infliger une vision si morbide ?
Car c'est l'Histoire, c'est ce qu'il s'est passé, c'est ce qu'il ne faut pas oublier : C'est ce qui marque le plus !
La réponse se trouve ici.
Une photo retranscrivant un moment de l'histoire, quelque soit son intensité, doit être conservée, voire rendue publique, car c'est ce qui permet le mieux de rendre aux générations suivantes l'importance du fait traité par la photo.
Nous avons tous étudié la Seconde Guerre Mondiale au Collège et au Lycée, pourquoi ?
Car il ne faut pas oublier, et pour que les générations futures ne commettent pas les mêmes erreurs.
Alors, quoi de plus fort que de montrer concrètement l'horreur, par le biais de photos prises en plein cœur de l'action ?
Oui, voir la photo d'Ilan Halimi en Une d'un magazine people est choquant, mais c'est plus le support de diffusion de cette photo que la diffusion de la photo elle-même qui est à blâmer.
Nous avons entendu parler de ce fait divers à la radio, à la télévision, à maintes et maintes reprises.
En un seul cliché, toute la violence de cette histoire ressort et nous explose en plein visage, une image que l'on ne peut pas oublier, une image qui nous lance un message : « Regarde ce qu'il se passe en France, en 2009. »
Oui, cette photo a finalement une utilité, celle de nous confronter à la dure réalité.
Oui, elle est dotée d'une force qui fait qu'elle peut être rendue publique, non pas pour le plus grand désespoir de la famille Halimi, mais pour l'Histoire.
Non, le magazine people Choc n'était pas le meilleur support pour rendre publique cette photo.
Si l'on ne veut pas que les mêmes faits se reproduisent d'ici quelques années, montrons l'horreur à chacun.
Évidemment, je précise que cela n'a un intérêt que dans le cas de conflit, quand une action est à pointer du doigt (nazisme pour les camps, Fofana pour Halimi).
Cela est totalement différent lorsque l'on évoque une catastrophe, où la force majeure est l'unique responsable (le crash de l'A330 et ses 228 victimes par exemple).
« Le poids (insuffisant) des mots, le choc (inoubliable) des photos »

Sources :
http://www.europe1.fr/Decouverte/Talents-et-personnalite/...
12:00 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : fofana, halimi, antisémitisme
24 avril 2009
Saison 1 / Episode 28 : Antennes Relais, Quand Vous Nous Tenez...

De mon coté, tout a été dit : le principe de précaution, chère à notre Patrie à juste titre, est poussé à son extrême quant aux antennes relais.
Que les antennes relais soient considérées néfastes, sans qu'il n'y ait de preuves allant dans ce sens, c'est possible, mais à ce dans ce cas il faut entrevoir un futur sans téléphones portables et télévisions, entre autres, car émettant au moins dix fois plus d'ondes électromagnétiques qu'une antenne relais (certains vont jusqu'à dire que ce serait jusqu'à 1500 fois plus...).
Bref, un bon article pour illustrer, encore une fois, le débat le plus incertain de l'année, alors que le Grenelle des antennes relais (vivement le Grenelle des grenelles...) est au coeur de l'info.
Qui osera dire encore que le mobile facilite la communication ? Entre riverains, pouvoirs publics, scientifiques et opérateurs mobiles, c’est plutôt le dialogue de sourds. Alors que les discours se radicalisent, Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, flanquée de Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat en charge de l’Economie numérique, et Chantal Jouanno, qui lui a succédé au secrétariat d’Etat à l’Ecologie, ouvrent ce matin une table ronde à très haute tension. Le thème : «Radiofréquences, santé, environnement.» La médiatisation de la séance d’ouverture - trois heures chrono pour laisser s’exprimer 54 participants - en irrite déjà quelques-uns, comme Janine Le Calvez, la présidente de l’association Priartem : «On a oublié les scientifiques et il n’y aura pas de débat !»
Il y a le feu sur les toits. Depuis la victoire d’un couple de Lyonnais devant la cour d’appel de Nanterre contre Bouygues Telecom (qui a été forcé d’éteindre une antenne), un vent mauvais de procès contre le mobile s’est levé. Coup sur coup, SFR à Carpentras et Orange à Angers ont été invités, sur plainte de riverains, à mettre sous le boisseau leurs émissions. Et on assiste au début d’une déferlante.
Maître Forget, l’avocat qui a fait plier Bouygues Telecom, en est à sa dixième assignation en justice, et il en tient, dit-il, «autant sous le coude, prêtes à partir». Pour Sceau-Saint-Angèle (Dordogne), Loctudy (Finistère), Belle-Isle-enTerre (Côtes-du-Nord), Villeneuve-de-la-Raho (Pyrénées-Orientales), les assignations sont parties.
D’autres confrères s’activent. L’avocat frondeur, épaulé par l’association Robin des Toits, salue le revirement de la jurisprudence : «Avant, chacun arrivait avec ses études et démolissait celles de l’adversaire», et le juge renvoyait le plaignant sous sa parabole. «Maintenant, dit-il, le juge reconnaît qu’il y a controverse. Et qu’il est anormal, dans ce cas, d’exposer les riverains comme on expose des cobayes.»
En arguant que le seul fait d’être exposé à un risque sanitaire, même hypothétique, vaut la mise en œuvre du principe de précaution, la justice a retourné le pré fertile du mobile. Et fait monter d’un cran les frayeurs. D’où l’urgence à concilier les points de vue.
Les opérateurs
Environ 49 000 antennes mobiles égayent le paysage. Certaines sont cachées dans des clochers d’églises. D’autres juchées en haut de pylônes, voire de château d’eau. Elles profitent à 56 millions d’utilisateurs. L’Afom (Association française des opérateurs mobiles) ne sait plus quel argument privilégier pour faire taire les inquiétudes. «On recense 130 000 émetteurs de toutes sortes [radio, télévision, armée, gendarmerie, aéroports…, ndlr], mais c’est toujours les antennes mobiles qu’on cible», regrette-t-on à l’Afom, qui se retranche derrière les seuils définis par l’Organisation mondiale de la santé, et retenus en Europe.
Baisser ces limites ? Hors de question : «Cela va créer des trous dans les couvertures.» Et il va falloir mettre davantage d’antennes. Pire encore : «On va devoir les rapprocher des gens !» De toute façon, on est très en dessous des seuils limites, avancent les opérateurs qui citent la moyenne d’exposition calculée par L’ANFR (Agence nationale des fréquences) sur 15 000 mesures : 0,71 volt par mètre. Pas loin de ce que réclament les associations comme limite absolue…
Les scientifiques
Ils ont l’impression d’être au milieu d’une partie de ping-pong. Sitôt qu’une étude ou une compilation de travaux met en évidence un effet potentiellement pathogène ou des mesures qui gênent, elle est démolie par le camp qu’elle dessert. Dernière étude en date, celle de Jean-François Viel, professeur de médecine, à la tête d’une équipe du CNRS, à Besançon. Dans le Doubs, il a équipé 200 personnes d’un dosimètre pour mesurer leur exposition aux ondes sur une journée. Résultat: ce sont les antennes de radio FM qui émettent le plus de radiations ! Tandis que, pour les mobiles, ce n’est pas au pied de l’antenne que la dose est la plus forte, mais à 280 m en zone urbaine, et à 1 000 m en zone rurale. «Parce qu’on est dans la vraie vie et que les expositions sont multiples», explique le scientifique. Du coup, Priartem et Agir pour l’environnement, que ces résultats dérangent, dénonce l’étude : «Son échantillon est biaisé» et «ses mesures sont contraires aux lois de la physique», accuse Daniel Oberhausen, l’expert des deux associations. Et puis les ondes FM ne sont pas dangereuses, «parce que ce sont des fréquences basses [100 Mhz, ndlr] et qu’elles sont présentes naturellement dans l’environnement. Pas comme le mobile».
Une autre étude peine à sortir. Baptisée Interphone, elle porte sur l’éventuelle dangerosité des mobiles. Treize pays y participent. Des résultats partiels, relatant une possible augmentation du risque de gliome (tumeur cérébrale) en cas d’utilisation intensive du portable, ont été publiés. Mais seule une étude internationale agrégeant les 6 500 à 7 000 cas de tumeurs aura la puissance statistique nécessaire pour dire le vrai. Martine Hours, chargée de piloter la synthèse, en est à «sa sixième version». Rude tâche, dit-elle, que «d’obtenir un consensus entre une quinzaine d’investigateurs nationaux». La chercheuse de l’Inrets ne donne plus de date pour cette étude annoncée initialement pour 2007. Mais rêve d’en finir cette année… Autre polémique dénoncée par Priartem, l’étude européenne Reflex, faisant état dès 2004 de résultats inquiétants : «Depuis qu’on a découvert qu’une technicienne a falsifié des données, les opérateurs se sont empressés de disqualifier toute l’étude !»
Les médecins
Troubles psychosomatiques ou affections réelles ? Encore une passe d’armes. Elle concerne notamment les électro-sensibles, ces handicapés des ondes, ultrasensibles et qui se plaignent de maux de têtes, d’eczéma ou de saignements de nez… Antennes mobiles, wi-fi, toutes les ondes sont incriminées.
A droite, l’Académie de médecine avec André Aurengo ; à gauche Dominique Belpomme, cancérologue, mais aussi des praticiens de ville, proches du Syndicat de la médecine générale. L’Académie de médecine est montée au front lorsque la cour d’appel a piétiné les études scientifiques et sommé Bouygues d’éteindre une antenne relais à Lyon. «Les électro-sensibles somatisent, dit en substance Aurengo. S’ils manifestent effectivement des troubles variés en présence d’émetteurs, ils sont incapables de repérer si ces dispositifs sont actifs ou non.»Damned.
Il s’inquiète surtout d’un «ressenti» du patient «mis au même niveau que l’expertise scientifique et médicale». Commentaire d’une scientifique pointue : «Certes, les études ne montrent rien, mais c’est pas parce qu’on ne voit rien qu’il faut arrêter de chercher.» Dominique Belpomme, lui, cherche et trouve. Professeur de cancérologie à l’hôpital Necker à Paris, il travaille sur 88 dossiers médicaux à partir desquels il a établi une description du syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques…
Les associations
Haro sur les antennes de téléphonie mobile ! «On n’a rien contre le portable», soutient Etienne Cendrier, porte-parole de Robin des Toits. «On veut juste faire abaisser les seuils d’émissions.» Son objectif : limiter à 0,6 volt par mètre les limites d’exposition aux ondes émises par les antennes mobiles (comme Priartem). Contre 41 et 61 volts par mètre aujourd’hui - la norme européenne. D’autres pays n’ont pas hésité à baisser leur seuil, plaide Robin des Toits. L’Italie, où la limite est de 6 volts, mais aussi la Pologne, la Bulgarie, la Suisse… Bruxelles a décidé de passer carrément à 3 volts, le 15 septembre. Même la ville de Paris s’y est résolue dès 2003, prônant le 2 volts maxi dans une charte.
Stéphen Kerckhove, d’Agir pour l’environnement, minimise le coût du passage à 0,6 volt : «Cela ne force à redéployer que 15 % des antennes», soit 7 500 relais. A Bruxelles, les opérateurs dénoncent une révolution bien plus coûteuse : baisser à seulement 3 volts implique de planter 40 % d’antennes en plus pour assurer la même qualité de réseau.
L'Etat
C’est un schizophrène. «L’hypothèse d’un risque» lié aux antennes relais «ne peut être retenue». C’est carré. L’affirmation est de François Fillon et elle figure dans la lettre de mission qu’il a adressée fin mars à sa ministre de la Santé, l’invitant à ouvrir un «Grenelle des antennes», pas moins. Même assurance de Chantal Jouanno, sa secrétaire d’Etat à l’Ecologie : «Jusqu’à présent, toutes les études scientifiques montrent a priori qu’il n’y a pas d’impact sur les populations.» C’était lors d’un «talk» vidéo organisé par le Figaro et l’opérateur Orange, le 4 mars…
Alors que la fronde des riverains grandit et s’organise, le discours, à la veille du grand déballage, s’infléchit. Selon la Tribune, le gouvernement planche sur des mesures de nature à calmer les peurs, sinon à étouffer les polémiques. Au cœur du sujet, la baisse des limites d’exposition. Pour le mobile, en revanche, les pouvoirs publics ne tournent plus autour du pot et déconseillent l’usage du portable avant 6 ans, parce que, confie Jouanno, «l’approche de précaution paraît cette fois justifiée». La procédure pour l’attribution d’une quatrième licence de téléphonie suit malgré tout son cours. Désignation du gagnant avant 2010. Ses concurrents lui souhaitent déjà bonne chance pour trouver des toits accueillants…
Schizophrénie aussi pour Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat à l’Economie numérique et coauteure d’une «excellente proposition de loi en 2005, demandant la limitation des émissions à 0,6 volt par mètre», rappelle malicieusement Etienne Cendrier, de Robin des Toits. Exactement ce que réclame son association.
CATHERINE MAUSSION, Libération
http://www.liberation.fr/societe/0101563489-antennes-re...
20:57 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : antennes, relais, débat





