17 avril 2009
Saison 1 / Episode 27 : Liberté d'Expression = Expression Libre ?
Au cours d'une discussion avec un des juristes des plus importants d'Europe (Dominique Turpin, pour ne pas le citer), j'ai pris conscience des sous-entendus involontaires que pouvait suggérer mon tout premier article, « Une Nouvelle Pierre apportée à l'Edifice de la Liberté d'Expression », un peu recherché mais bien présent.
Comme me le fit remarquer Monsieur Turpin, je prêche un message tel que « On peut tout dire, absolument tout ». Néanmoins, cela amène à l'hypothèse que l'on puisse aussi dire des choses du style « Il faut tuer tous les ... ».
Bien sur, loin de moi l'envie de provoquer une réflexion telle que « nous pouvons tout dire, même des messages haineux ou racistes ».
Non, ce n'est pas ce que je sous-entendais, et si certains d'entre vous on pu entrevoir cette possibilité, je vous rassure c'est plus un oubli de ma part qu'autre chose.
Oui, mais alors je suis moi-même en train d'admettre l'idée que la liberté d'expression a finalement une limite, allant à l'encontre de mon idée principale.
Faut-il s'appesantir sur ce fait ? Et bien oui car même si l'on est tous d'accord pour ne pas mettre dans le même sac « propos tenant à la Liberté d'Expression » et « propos haineux », on doit en déduire une limite à la Liberté d'expression.
Une limite naturelle, c'est certain, concernant par exemple les propos négationnistes.
Mais une limite tout de même, et dès lors on doit se demander si il n'y a pas d'autres limites à la Liberté d'expression.
Simple coïncidence : les deux dernières semaines ont été marquées par la polémique suscitée par le chanteur Orelsan et ses chansons explicites, au contenu très « hard ».
Les femmes sont notamment visées par le chanteur, ou plutôt son ex-femme, mais les médias ont vite fait de généraliser les propos.
Alors, plusieurs problèmes se posent : la Liberté d'expression a-t-elle de nombreuses limites raisonnables ?
Doit-on dicter les paroles d'une chanson à son auteur ?
Ces deux questions, dont le dénominateur commun est la liberté d'expression, nous amènent à un nouvel article.
A défaut de pouvoir clairement identifier ce qu'est la Liberté d'expression, son cadre, nous allons tout d'abord nous demander ce qu'elle n'est pas, afin de mieux concevoir l'idée que oui, la liberté d'expression est totale, et nous sommes en train de la confondre avec la violence verbale, j'ai nommé l'expression libre.
Orelsan
Liberté d'Expression, non pas Expression Libre.
La phrase peu paraître surprenante : oui, je différencie bien les formules « Liberté d'Expression » et « Expression Libre ».
Aucune utilité a priori.
Je vais quand même essayer de m'en servir comme point de départ pour mon raisonnement.
Liberté d'expression fait appel à la libre expression, c'est-à-dire le fait que l'on puisse tous s'exprimer sans que quiconque ne puisse nous en empêcher.
Ici, on retrouve les exemples utilisés dans le premier article de ce blog : un salarié qui critique son entreprise ou son employeur, et qui ne peut se voir sanctionner pour cela.
Dès lors, on remarque que la liberté d'expression ressemble plus à la liberté de s'exprimer, on se rattache plus à l'action de s'exprimer elle-même, plutôt qu'au contenu du propos tenu.
Un salarié qui critique son employeur dans la presse, c'est un acte de liberté d'expression, non d'expression libre. J'y viens.
En effet, si l'on s'intéresse maintenant à « l'Expression Libre », que pouvons-nous dire ?
A part que les deux mots sont inversés, pas grand-chose ? Pas forcément.
Ici, on va être à l'opposé de « Liberté d'Expression » car cette fois on ne fait pas appel à la libre expression, mais au fait que l'expression est libre, et cela change tout.
Alors que « Liberté d'Expression » se concentre sur l'action de s'exprimer et s'y limite, « Expression Libre » cible une expression qui est libre, c'est-à-dire que l'on va cette fois s'appesantir non sur l'action de s'exprimer, mais sur le contenu du propos.
Raisonnement compliqué et apparemment un peu bancal, je vous l'accorde.
Pour résumer, formulons autrement les deux termes :
Liberté d'Expression = Liberté/Action de s'exprimer;
Expression Libre = Expression/Propos au contenu libre;
Sans que cela paraisse, nous venons de trouver ce qui distingue la liberté d'expression d'un message haineux voire raciste, et cette distinction tient à ces deux mots : Action ou Propos.

Une Action Libre, Un Propos Encadré.
Évidemment, nous ne sommes pas ici pour prétendre toucher la Vérité, et il se peut que mon raisonnement aille droit dans le mur, mais au lieu d'attendre une réponse tombée du ciel, il vaut mieux faire part de ses idées pour essayer d'avancer, et je continue donc mon raisonnement.
Nous allons reprendre l'exemple du salarié critiquant son employeur avant de revenir sur Orelsan et la remarque de Mr Turpin.
L'exemple du salarié va aussi être la meilleure illustration de mon raisonnement.
Un salarié qui critique son employeur use de sa liberté d'expression quand il donne des arguments, démontre sa pensée.
Mais un salarié qui injure son employeur, le diffame devant les caméras de TF1, sans établir de lien avec l'entreprise, celui-ci use d'une expression libre dans le sens où cette expression n'a pas de limite, il dépasse les bornes.
Nous tombons alors dans la violence verbale.
La liberté de s'exprimer s'oppose donc à l'expression libérée.
Que dire alors d'Orelsan, celui qui insulte et menace son ex-femme à longueur de couplet ?
Et bien qu'il fasse une chanson en ciblant son ex est un droit, il peut le faire (et si c'est bien fait ça peut même donner une belle chanson), mais là il outrepasse sa liberté d'expression pour aller dans l'expression libre, il ne se fixe plus aucune limite raisonnable et ne fait qu'aligner les injures et autres messages haineux de manière gratuite.
Mais alors, peut-on réellement interdire une chanson ?
Difficile d'envisager une telle idée qui serait digne de méthodes fascistes, mais il n'en reste que cette chanson n'est qu'une liste d'insultes plus violentes les unes que les autres.
Ainsi, on peut (et c'est la volonté politique actuelle) se retourner contre l'auteur pour le punir, ses propos étant de toute façon intolérants et d'une extrême violence.
On se doit alors, en ce qui concerne les chansons hards comme celles d'Orelsan, de constater que c'est plus que de la liberté d'expression, qu'il a franchi la ligne « rouge ».
Nous avons aussi un autre moyen très simple d'amoindrir la force d'une telle chanson : ne pas l'écouter, ne pas la diffuser.
D'ailleurs, cela m'a amusé de constater que des radios pour le moins connues (Europe 1 pour ne pas la citer) passent des extraits explicites (ils ont choisis les meilleurs moments...) des chansons d'Orelsan en plein après-midi...
Comme quoi le spectaculaire prime encore et toujours sur la normalité.
Une précision est à ajouter : nous parlons ici d'une chanson dont l'opinion publique s'est émue, mais qui semble déjà être oublié des médias.
Surtout, les exemples d'expression libre à bannir sont au-dessus de ça, et ainsi dans le raisonnement nous nous tournons surtout vers les propos racistes, haineux, outranciers, gratuits.
Par-dessus tout, nous visons les propos négationnistes, summum de la provocation et qui sont un exemple d'expression libre flagrant.
Devons-nous mettre une chanson sur le même plan que des propos négationnistes ?
Au lieu de se demander pourquoi devrions-nous la considérer de la même façon, on devrait plutôt se demander pourquoi ne pas la considérer de la même manière.
Je vous mets en bas de page, avec la définition wiki de la liberté d'expression et un article sur Orelsan, le lien vers la traduction des paroles de la chanson « Kim » d'Eminem, chanson présente sur son deuxième album sorti en 2000, et qui s'adresse à son ex-femme.
Je vous laisse lire les paroles de la chanson, vous verrez qu'à côté de ça Orelsan est (presque) un enfant de chœur, et pourtant qui en a parlé à l'époque alors que tous les adolescents n'écoutaient que ça (et je m'intègre dedans) ?
Sources :
Du côté de Wiki
http://fr.wikipedia.org/wiki/Libert%C3%A9_d%27expression
Orelsan au Printemps de Bourges ?
http://www.lexpress.fr/actualites/2/le-printemps-de-bou...
Paroles de la Chanson "Kim", par Eminem
http://www.lacoccinelle.net/traduction-chanson-32070-.h...
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06 avril 2009
Saison 1 / Episode 26 : Télécharger ou ne pas Télécharger, Telle est la Question.

Le Grand Débat sur la Loi Hadopi, ou l'éternelle lutte de l'État contre les pirates informatiques.
Tout a été dit ces dernières semaines, que ce soit du côté des biens-pensants, fervents défenseurs des artistes, comme du côté des férus du téléchargement se réfugiant derrière les dérives tarifaires pour légitimer leurs actes.
Que dire de plus ?
Bien difficile en effet d'apporter de la valeur ajoutée au débat tout en restant objectif.
Le téléchargement est synonyme de pertes financières astronomiques pour les artistes, c'est un fait, et nous en arrivons à une situation telle que nous rendons de plus en plus « pauvres » ceux que nous apprécions.
Le débat aurait pu être écourté : la Loi passe, les pirates sont plus farouchement recherchés et punis, bref, passons à la prochaine réforme.
Malheureusement pour la Ministre Albanel, l'opinion publique, de plus en plus adepte du téléchargement, a vite fait de lancer des arguments réels dans la discussion, de sorte qu'au lieu de débattre sur l'illégalité ou non du téléchargement, on en vient de plus en plus à s'interroger sur les prix excessifs des disques, DVD, et autres supports de la propriété intellectuelle, voire même envisager un avenir sans CD, passer par un autre système pour faire circuler chansons, films, et séries.
Nous ne pouvons débuter notre analyse que par une Vérité nécessaire : quoiqu'on en dise, le téléchargement est illégal, point.
Laissant la définition de ce qu'est un vol au vestiaire (soustraction frauduleuse de la chose d'autrui), certains l'assimilent plutôt à un « partage ».
Sans disserter sur ces deux termes, il n'en reste que nous avons une personne s'appropriant gratuitement l'album d'un chanteur qui en perd dès lors une contrepartie financière.
Néanmoins, il est à constater qu'aujourd'hui le téléchargement s'est fortement démocratisé, de force qu'on peut honnêtement se demander « Qui ne télécharge pas ? » tant le phénomène s'est généralisé.
Au lieu de se servir de cette étendue immense, l'État préfère sanctionner, encore et toujours, en espérant qu'un de ces jours le téléchargement illégal sera enfin éradiqué.
Pourquoi tant de hargne et de volonté à combattre par la sanction ? Car l'État n'a pas d'autres solutions me direz-vous ?
Pas si sûr...

Christine Albanel, défendant sa Loi
Lutter contre le téléchargement, un pari déjà perdu d'avance.
Pour la Ministre Albanel, les choses sont simples : à défaut d'être la solution ultime, la Loi Hadopi est sans doute la meilleure réponse que l'on peut faire aux pirates informatiques.
A première vue, oui. On ne peut pas vraiment envisager d'autres scénarios vu la situation pour le moins impressionnante : des centaines de milliers de téléchargements en tout genre s'opèrent chaque jour.
Dès lors, la volonté de frapper du poing sur la table est légitime et Hadopi ne fait pas dans la dentelle, pouvant aboutir à la coupure de la ligne internet de celui qui se ferait attraper par la patrouille, sans oublier les amendes et autres sanctions.
Pourtant, et c'est là qu'on peut se dire que le téléchargement illégal à encore de belles heures (années ?) devant lui, un autre constat s'impose, celui que les petits malins à l'origine du téléchargement ont toujours eu une longueur d'avance, et l'auront peut-être même toujours, arrivant à user des outils du web pour contourner à chaque fois les interdits.
Ainsi, même si le sort de la Loi Hadopi est loin d'être défini, la Majorité elle-même étant très partagée sur le texte de Loi, et certains n'hésitant plus aujourd'hui à critiquer ce texte qualifié de « mort-né », on peut raisonnablement penser que les pirates arriveront une fois de plus à éviter l'obstacle, les infinies possibilités qu'offrent le multimédia et internet ne pouvant jamais être sous-estimées, même par le législateur.
Finalement, ce n'est peut-être pas l'efficacité du texte qui est à blâmer, mais plutôt son retard.
La première grande loi contre le téléchargement illégal qui émeut tant l'opinion publique semble arriver une fois la Guerre terminée : tout le monde peut télécharger, et tout le monde sait que l'on recherche en priorité les « distributeurs » plutôt que les « preneurs », ceux qui sont à l'origine de la mise à disposition de fichiers, non le citoyen lambda qui télécharge un film tous les trois mois.
Sans oublier que, même sans télécharger, n'importe qui peut désormais jouir de tout média sans avoir à sortir une pièce de sa poche : les sites de streaming, pour séries, films ou musiques, fleurissent et deviennent une bonne alternative à quiconque veut voir ou écouter ce qu'il veut, en illimité et gratuitement.
Alors, on est en droit de se demander s'il n'y a pas d'autres solutions pour, non sans aller jusqu'à lutter corps et âmes contre le fléau, du moins arriver à s'adapter pour réellement donner envie aux citoyens de se passer du téléchargement, un chemin mille fois plus efficace qu'une énième Loi à la sauce « Épée de Damoclès » où il n'y a de place que pour la répression.

"Les Bronzés 3", film le plus téléchargé de l'année 2008
Vers une Révolution nécessaire des stratégies commerciales.
Si l'on considère que les lois répressives n'ont aucune chance face à l'avance que détienne les pirates informatiques, il y a lieu de prendre le problème sous un autre angle, car il n'y a pas que deux solutions qui s'offrent à l'État (punir ou baisser les bras), bien au contraire.
L'industrie du disque est en crise car on n'achète plus les CD, l'industrie du film est en crise car on n'achète plus les DVD, l'industrie du jeux vidéo prend lentement la même direction (les jeux vidéos sont aussi téléchargeables illégalement, et à 60 euros le jeu, il est vrai que c'est tentant).
Pourquoi ne pas se servir de la situation présente pour la retourner à son avantage ?
Il faut déjà partir de la base du problème pour pouvoir entrevoir une alternative au téléchargement : une personne qui télécharge, pourquoi le fait-elle ? Pour des raisons économiques le plus souvent.
Dès lors, tout le monde s'accorde sur le fait que les prix offerts sur le marché sont un élément favorable à l'expansion du téléchargement.
Aujourd'hui, un DVD coûte aux alentours d'une vingtaine d'euros.
On voit un bon film au cinéma, on veut acheter le DVD, ça semble logique.
Ce qui est moins logique, c'est que le prix soit si élevé alors que le coût de fabrication d'un DVD est extrêmement bas (les DVD vierges vendus dans le commerce se vendent à 0,20 € l'unité).
Même si l'on parle ici de films, de cinéma, on en vient à constater que la marge opérée par les distributeurs est pour le moins excessive !
Je ne veux pas ici aboutir à la conclusion que les DVD devraient coûter 1 euro symbolique, un travail a été fourni par l'équipe du film et ce travail doit être récompensé.
Néanmoins, on serait aujourd'hui plus dans la réalité de la Société en vendant un DVD, même récent, deux fois moins cher, de sorte que le consommateur ressente la différence sur son ticket de caisse, et que le Monde du Cinéma touche aussi une part du gâteau méritée.
Même raisonnement pour la Musique, les CD ne se vendent plus, car personne n'irait acheter un album où il y a plus d'euros à débourser que de chansons à écouter.
Là aussi, un prix juste se doit d'être considéré.
Pour l'industrie du Jeu vidéo, ce n'est pas exactement la même chose pour l'instant, car ce n'est pas le même accès qu'offre le cinéma.
Les jeux vidéos ne peuvent se targuer de dépasser des millions de vente, car ils ne le font pas.
Sans doute les jeux vidéos vont-ils se vendre de plus en plus, mais si son Chiffre d'affaire mondial est dorénavant supérieur à celui du Cinéma, c'est plus grâce au prix de base de vente d'un seul jeu (60 euros, alors qu'un film vous pouvez le voir pour moins de 10 euros au cinéma) qu'au nombre d'exemplaire vendus.
Pourtant, et cela complexifie encore un peu la situation, si l'on devait raisonner en apport quantitatif, les jeux vidéos supplanteront toujours le cinéma, certains jeux dépassant les trentaines d'heures de durée de vie, alors qu'un film dure entre 1h30 et 2h de nos jours, et jamais plus de 3h (sauf rarissimes exceptions).
Nous pourrions continuer les exemples d'alternatives à une énième loi répressive, mais vu le contexte économique actuel (et futur), il me semble nécessaire de mettre en avant cette idée, qui n'est rien de plus qu'une idée parmi tant d'autres, mais aussi une idée démontrant que non, la répression n'est pas la seule option s'offrant à l'État s'il veut lutter contre le téléchargement illégal.
Sources :
Quelques chiffres
http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticl...
"X-Men Origins : Wolverine" déjà dans votre salon ?
http://www.lematin.ch/flash-info/loisirs/wolverine-pira...
22:27 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : téléchargement, illégal, loi
17 mars 2009
Saison 1 / Episode 25 : Dreyfus II ?
L'affaire de l'année est-elle en train de se dérouler en ce moment même ?
Nous avons difficilement pu échapper au torrent médiatique qu'à déclenché l'ouverture du procès d'Yvan Colonna.
Il faut avouer que tous les ingrédients donnant une portée historique à ce procès sont réunis : meurtre d'un Préfet, Politique impliqué au plus haut niveau dans cette affaire (qui a oublié les images d'un futur Président, alors Ministre de l'Intérieur, triomphant à l'annonce de la capture du principal suspect), et évidemment Justice aux premières loges.
Je ne vais pas faire le procès à la place des juges, bien sûr, mais il y a une chose que je trouve particulièrement extraordinaire dans ce procès, et sans doute l'avez-vous remarqué : son atmosphère si singulière.
Depuis l'ouverture du procès, rebondissements et coups de théâtre se succèdent, de manière à rendre jaloux les scénaristes de films ou séries.
L'aspect théâtral est même au centre du procès, les différents intervenants apportant tous de nouvelles scènes à cette pièce en plusieurs actes.
Certains allant même jusqu'à endosser l'assassinat du Préfet pour disculper Colonna, on est en droit de se demander si tout ce à quoi nous assistons est une manipulation orchestrée afin de déstabiliser la Justice, ou si nous nous dirigeons vers un procès qui, quelque en soit l'issue, marquera la Justice.
N'ayons pas peur des comparaisons, nous envisagerons notre argumentaire avec l'affaire Dreyfus en tête.
L'affaire Dreyfus, oui.
Pour ceux n'ayant jamais entendu parler de l'affaire Dreyfus, qui provoqua un tollé historique au début du Vingtième siècle, sachez que (pour faire bref) le Général Dreyfus fut accusé à tort de trahison par l'armée française, une armée qui n'a jamais voulu remettre sa décision en question pour l'image patriotique, alors que tout disculpait Dreyfus.
Après 1906, Dreyfus s'achemina vers la réhabilitation, mais l'image de la Justice et de l'armée en sera pour toujours ternie.
Notons ici que c'est cette affaire qui poussa Emile Zola à rédigé son fameux « J'accuse », et certains n'hésitent pas à voir en ce procès le point de départ du clivage politique Gauche/Droite avec les défenseurs de Dreyfus, à gauche, contre les patriotiques prêt à sacrifier un homme pour l'honneur national, à droite.
Il y a encore quelques semaines, il était difficile de croire Colonna destiné à un avenir autre que celui d'un coupable idéal, tant les médias et les politiques avaient fait son procès avant même que ce dernier ne commence.
Aujourd'hui, plus les audiences se succèdent, plus les témoignage en faveur du suspect Numéro 1 se multiplient.
Evidemment, nous ne pouvons donner un poids plus important à des témoignages plutôt qu'à d'autres, et on laissera les juges décider de la crédibilité des propos étonnant disculpant Colonna.
Néanmoins, si une chose est sûre, c'est bien que la Justice, peu importe finalement le verdict qui sera rendue, va souffrir de ce procès qui, à première vue déjà écrit d'avance, se révèle être un bourbier dans lequel les juges s'enfoncent un peu plus chaque jour.
Gilles Simeoni, Antoine Sollacaro, Pascal Garbarini, et Patrick Maisonneuve, avocats d'Yvan Colonna
Le Procès est-il déjà terminé ?
Suite aux allégations de Pierre Alessandri, qui n'hésite plus à se déclarer être l'assassin du Préfet Erignac, la proposition de faire une reconstitution fut tout de même refusée.
La justice aurait-elle une légitimité à voir en Colonna un coupable idéal ? Il est vrai que les évènements depuis 1998 laissent penser qu'Yvan Colonna soit celui qui a tiré sur le Préfet : Sa cavale témoigne contre lui.
Il a toujours fait valoir qu'il était innocent, mais a aussi toujours tenté d'échapper à la justice.
Il s'est toujours décrit comme innocent, mais n'a jamais donné de noms ou d'indices pour rejeter la faute sur un autre et ainsi se disculper totalement.
Surtout, ce qui a valu à Colonna l'étiquette de « Suspect Numéro 1 », c'est la dimension politique dont revêt l'affaire du préfet Erignac.
Alors Ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy avait fait de la recherche d'Yvan Colonna une de ses priorités, avant de le retrouver et d'en faire un de ses arguments politiques afin de démontrer la force de ses résultats.
Aujourd'hui à l'Elysée, nul doute que le Président doit suivre l'évolution de ce procès auquel il a contribué en mettant la main sur le prévenu.
Ainsi, l'état des lieux est pour le moins intéressant : celui qui a remis Colonna entre les mains de la Justice et aujourd'hui Président, et Colonna est disculpé par ses proches eux-mêmes.
Situation hors norme sans doute, qui n'a de cesse de donner un aspect encore plus politique au procès : ne serait-ce pas un désaveu présidentiel que la Justice termine par finalement innocenté celui qui servit indirectement la cause du futur Président (tout le monde devait s'accorder sur le pari réussi de Sarkozy quant à la traque de Colonna) ?
De la même manière qu'il serait osé d'imaginer un innocent derrière les barreaux, il le serait d'autant plus de faire passer un message tel que celui d'un Ministre futur Président donnant en pâture à la Justice un innocent.
Les avocats de Colonna, qui ne sont pas moins de 5, sont les premiers à décrier le procès politique fait contre leur client, un procès perdu d'avance selon eux.
Ce sont des avocats, et qui plus est les avocats d'Yvan Colonna, ce qui est à prendre en considération quant à leur propos explicites.
Néanmoins, 11 ans après le meurtre du Préfet Erignac, nous en sommes à un point où la Justice se doit de bien gérer la situation si elle ne veut pas donner naissance à une Affaire Dreyfus II, ou encore un scandale digne d'Outreau.
La présomption d'innocence est donc au centre de cette affaire. Pendant des années, tout indiquait que Colonna avait tué Claude Erignac, mais aujourd'hui ce sont les autres membres du Commando qui s'adjugent ce meurtre, allant jusqu'à reprocher à Colonna de n'avoir rien fait, justement.
La Justice peut être déstabilisée, une telle affaire et une telle chronologie d'évènements ne pouvant que porter à confusion.
Nous n'évoquerons pas de possibles pressions politiques car on peut espérer que les leçons de Dreyfus ont été transmises à la génération des juges se retrouvant en ce moment face à Colonna.
Néanmoins, l'histoire de cette affaire est telle, qu'on ne peut totalement exclure cette éventualité.
Une Justice qui à tout à y perdre.
L'opinion publique peut elle aussi voir en Colonna le coupable idéal, mais il y a fort à parier que les deux issues du procès mèneront à des conséquences dont l'appareil judiciaire voudrait bien se passer.
Bien que les proches et avocats de Colonna fassent tout ce qu'ils peuvent pour prouver son innocence, l'hypothèse la plus envisageable aujourd'hui est la condamnation.
Tous les pro-Colonna savent cette issue plus éventuelle que tout autre, et nul doute qu'ils ont déjà prévu de continuer à clamer, 11 ans après le meurtre, l'innocence.
Je ne fais qu'une légère allusion ici, mais il faut tout de même la préciser : les rapports avec les indépendantistes corses, très compliqués depuis longtemps, pourraient chercher à tourner à leur avantage une telle décision, de sorte que le procès politique pourrait laisser place à un véritable tournant historique.
Le procès Colonna est en passe de devenir le symbole de toute une nation se revendiquant avant tout corse. Il faudra suivre l'évolution de la situation chez les pro-indépendance car, comme nous l'avons vu avec la Martinique et la Guadeloupe ces dernières semaines, le sentiment d'indépendance peut renaître à chaque débat politique.
Sans oublier que l'argument des défenseurs de Colonna, en cas de condamnation, sera tout trouvé : c'est une décision politique, envisageant dès lors le manque d'indépendance nécessaire entre le Pouvoir et la Justice.
Autre issue, qui est autant à considéré que la première car, faut-il le préciser pour certains journalistes friands de formules telles que « le présumé coupable » ou autres démontrant que le suspect ne peut être que condamnable, Yvan Colonna se doit d'être considéré encore maintenant innocent.
Nous revenons sur la présomption d'innocence, tout simplement car tant qu'un prévenu n'est pas condamné, il est innocent.
Donc, dans l'hypothèse où la Justice relaxait Yvan Colonna, pourrait-on y voir autre chose qu'une Justice se tirant dans le pied ?
Entre le meurtre du Préfet et son arrestation, Colonna fut l'un des hommes les plus recherché de France, et c'est le Président de la République actuel qui l'a mis derrière les barreaux.
Imaginez la Justice envoyer un message tel que « Non, ce n'est pas lui, on s'est tous trompé. »
Que penser après une telle décision ?
La Justice est dans une situation bien délicate, si délicate qu'on se demande si elle arrivera à rester crédible après avoir rendu son jugement, tant les critiques fuseront d'un côté ou de l'autre.
Si nous ne savons pas encore quel sera le jugement rendu, nous savons au moins une chose : quelque soit ce jugement, chaque partie possède déjà des arguments à faire valoir, des arguments qui traineront la Justice dans la boue.
L'avenir nous dira si ce n'est qu'une image, ou une réalité.
Source :
http://www.france24.com/fr/20090312-le-proces-colonna-prive-son-accuse-yvan-prefet-claude-erignac
22:33 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : colonna, corse, procès






